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Phocas Economidès : toujours plus loin

Témoignage 09/06/2016

Phocas Economidès : toujours plus loin

Phocas Economidès

Phocas Economidès

  - 70 ans

Formateur itinérant bâtiment

« L’itinérance, ce n’est pas seulement un mode de travail stimulant [...]. C'est aussi un développement de soi. »

En bref

Pour Phocas Economidès, formateur itinérant dans le secteur du bâtiment depuis 1988, l’heure de tirer sa révérence est arrivée. L’occasion pour lui de revenir sur ce métier passionnant et le long cheminement d’une trajectoire hors normes.

Depuis quelques temps, la vie professionnelle de Phocas Economidès a pris la teinte nostalgique de la dernière fois, la saveur douce-amère d’un au-revoir. Dans quelques semaines, quelques jours, ce formateur itinérant de 70 ans, que beaucoup au sein de l’Afpa surnomment « le pape du désamiantage », prendra sa retraite après 33 ans de service, dont 28 au sein du dispositif itinérants.

 

Globe-trotteur de naissance


Alors qu’il termine sa carrière auprès de la Direction de l’Ingénierie et de l’Innovation Pédagogique pour la création d’une filière de formation qualifiantes « amiante », Phocas juge que l’itinérance est un métier « très riche » pour lequel il a « beaucoup donné et autant reçu », et qui lui a apporté « l’envie de transmettre et le besoin d’aller toujours plus loin dans la découverte des gens et des pratiques ». Mais c’est aussi une profession à laquelle son parcours de vie agité et nomade semblait presque le prédestiner.  
 
Né juste après la guerre, à Douala au Cameroun, où son père détient une plantation de café tout en pratiquant l’élevage, Phocas cultive assez tôt le goût du voyage. Il effectue en en camion frigo le transport de la viande entre le Cameroun, le Tchad et le Congo, avant de filer pour le Gabon, où il devient un spécialiste des systèmes anticorrosion pour les plateformes pétrolières, après une formation dans l’est de la France.

Obligé de quitter la moiteur des soleils d’Afrique pour le vieux continent, fin 1971, lorsque sa femme tombe gravement malade, il s’installe à Cannes pour dix ans, en travaillant dans différentes entreprises comme « peintre en lettres et décors ».
 

L'itinérance comme mode de travail


En 1983, la bougeotte le reprend. Le voilà en Corse, où il répond à une petite annonce de l’Afpa de Corte pour devenir formateur peinture bâtiment et solier moquettiste, métier pour lequel il s’était entre temps formé, tant en lycée professionnel que « sur le tas et grâce à des cours par correspondance ». Il y reste sédentaire durant trois ans, jusqu’en 1987, où il est muté à Nice.
 
La mort brutale de son fils l’année suivante, dans un accident de la route, fait basculer sa vie. « Moralement, je n’étais plus très stable, confesse-t-il. Il fallait que je bouge, que je vois d’autres gens, ailleurs. En accord avec mon épouse, j’ai postulé sur un poste d’itinérant pour aller à la rencontre d’autres métiers, d’autres pratiques et d’autres régions.».

Il est d’abord missionné autour de son domicile. Mais, le temps faisant son œuvre, l’homme élargit peu à peu ses limites en voyageant sur tout le territoire. Il en profite aussi pour étendre ses compétences professionnelles, validant tour à tour les formations de carreleur mosaïste et chef de chantier.
 

La polyvalence comme fil rouge


« En 1996, les problèmes du désamiantage sont apparus en France.Je me suis spécialisé dans le traitement de l’amiante, ce qui m’a amené en 1997, à participer à la création, à l’Afpa de Marseille la Treille, du 1er centre de formation sur le sujet. » En 2007, toujours curieux d’expériences nouvelles, il obtient sa validation conducteur de travaux bâtiments aménagement finitions. « En fait, j’essaie de m’améliorer en permanence, d’où la multiplicité des validations obtenues. »
 
Une polyvalence qui va le conduire aussi à mener des missions hors de l’Hexagone : à Saint Pierre et Miquelon, où il initie aux métiers de l’aménagement finition du bâtiment les 14 ouvrières au chômage technique d’une usine de morues ; au Tchad, pour le traitement anticorrosif des structure de l’oléoduc Tchad-Cameroun, ou encore en Martinique pour le désamiantage.

« L’itinérance, ce n’est pas seulement un mode de travail stimulant, qui permet d’étoffer ses compétences en se confrontant ailleurs, à d’autres façons de travailler ; pour moi, c’est aussi ce qui concourt au développement de soi et de la vision que l’on peut avoir du monde. Grâce à la mobilité, à cette découverte perpétuelle des autres, on comprend beaucoup plus de choses, cela permet d’être « polyvalent » dans sa pensée, ce qui par contrecoup, rejaillit sur son métier et son caractère. Et  cela, c’est enrichissant à tout point de vue : pour soi et pour les autres ! » 
 
Mais cette tendance à l’introspection méditative, Phocas ne l’a pas poussée jusqu’à anticiper concrètement son départ à la retraite : « Il y a sans doute beaucoup de choses à faire, mais je ne l’ai pas préparé à dire vrai! Sans doute demain, en plus de cultiver mon jardin, vais-je m’occuper des migrants. Ce qui pour quelqu’un comme moi, né sur un autre continent, d’un père originaire de Grèce et d’une mère bretonne et qui a passé sa vie à voyager, est un juste retour des choses, une sorte de continuité…» Ou une volonté d’aller toujours plus loin…
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