En bref
A bientôt 49 ans, Elodie Beylstein entame sa deuxième reconversion professionnelle. Elle est désormais technicienne supérieure en automatique et informatique industrielle. Une reconnaissance pour celle qui a dû tout au long de sa vie professionnelle prouver qu’elle n’était pas là par hasard.
« Il était inconcevable que je n’ai pas mon titre. J’avais une peur bleue de le louper, j’ai tout fait pour l’avoir. J’ai travaillé parfois jusqu’à 1 heure du matin. L’échec n’était pas permis. » Une motivation et une persévérance sans faille qui a payé. « Je n’allais pas boire des coups avec les autres stagiaires, je restais dans ma chambre à travailler, ils me trouvaient chiante », rigole-t-elle. Mais désormais, à bientôt 49 ans, Elodie Beylstein possède désormais le titre de technicienne supérieure en automatique et informatique industrielle.
Une passion d'enfance pour l'électronique
Un diplôme qui lui permet de se rapprocher de son rêve d’enfance : travailler dans l’électronique. « Ma passion vient de mon beau-frère qui était technicien en électronique. Il m’a appris mes premières notions : comment fonctionne un transistor, une pile, un potentiomètre… Je lui donnais des coups de main. Puis à 14 ans, j’ai acheté un ordinateur ZX 81… en kit à monter soi-même. C’est ce petit ordinateur qui m’a permis d’apprendre mon premier langage informatique (le Basic).»
C’est décidé, elle suivra des études en électronique, quitte à aller en internat à Nancy. Mais sa demande de bourse refusée, elle est contrainte de suivre des études en fraisage à Luneville, près de chez elle. « On était 6 enfants et seul mon père travaillait. Les fins de mois étaient difficiles bien que certains aient déjà quitté le foyer familial. Mes parents n’avaient pas les ressources pour m’envoyer à l’internat. J’ai été contrainte d’apprendre un métier qui ne m’intéressait pas. A l’époque, il fallait écouter les parents. On n’avait pas le choix. »
De l'usinage à l'électricité
Venue à contrecœur, Elodie y prend finalement goût et repart CAP en poche. Elle travaille dans l’usinage 16 ans et est promue responsable de production. « J’ai connu le passage aux commandes numériques, c’était plus intéressant que de simplement tourner une manivelle. Mais j’ai voulu me rapprocher de mon rêve d’enfance. »
Elodie Beylstein démissionne et alterne périodes de chômage et missions d’intérim avant de suivre une formation d’électricienne d’équipement à l’Afpa. « Cela me correspondait plus même si l’électricité est éloignée de l’électronique. » Electricité dans les bâtiments neufs ou en rénovation, électricité industrielle, dépannages dans les parcs ostréicoles… pendant 10 ans elle multiplie les expériences.
Ce qui n’empêche pas un retour à la case formation mais sans démission cette fois-ci. Elodie demande dans le cadre d’un Congé individuel de formation (CIF) une formation de technicienne supérieure en automatique et informatique industrielle à l’Afpa d’Angers.
« A un moment, il faut faire des choix . Après 10 ans dans l’électricité, je ne me voyais plus progresser. Je voulais renforcer mes compétences techniques et je voulais me rapprocher de mon but initial. Ce n’est pas de l’électronique pure car je ne voulais pas me réorienter complétement, repartir de zéro à mon âge », indique-t-elle.
Une nouvelle vie professionnelle à 48 ans
En formation, Elodie Beylstein est en terrain connue. Elle a déjà fait de la mécanique, de l’informatique, de l’automatisme. Pour autant, elle bûche. « Il y a beaucoup de notions, de concepts à voir, la masse d’informations à retenir est gigantesque. »De retour en entreprise, elle propose à son patron de lui confier un nouveau projet : optimiser les dépenses énergétiques de l’hôtel Punta Lara de Noirmoutier, un hôtel 4 étoiles de 60 chambres. « Le chauffage et l’eau sont les postes de dépense les plus importants pour un hôtel. Mon rôle est de mettre en place un automate qui gère de façon intelligente, selon le remplissage des chambres, la consommation de chauffage et d’eau chaude. J’aimerai qu’à termes ce soit l’automate qui indique quelle chambre donner au client en fonction des algorithmes qui gèrent la production de chauffage et d’eau chaude. C’est plus efficace dans ce sens-là. Après je m’attaquerai à la partie restaurant et salle de séminaire », explique-t-elle.
Un projet qu’elle gère seule mais qui n’aurait pas été possible sans sa période de stage effectuée à l’Afpa d’Alençon. « J’ai aidé Edouard Chalhoub, formateur en froid industriel, a amélioré la performance énergétique des bancs pédagogiques afin d’obtenir la certification ISO 50001. »
Forte de ses deux expériences, Elodie Beylstein souhaiterait travailler à moyen terme dans la conception ou un bureau d’études. « J’ai une expérience du terrain qui manque parfois au technicien de bureau d’études. Cela se détecte tout de suite : des erreurs dans les plans, des demandes de fabrication de pièces irréalisables en une seule fois… »
Et à plus long terme, pourquoi ne pas créer sa propre entreprise. « J’ai toujours le cerveau en ébullition. Je travaille actuellement sur un projet personnel qui j’espère débouchera sur un projet professionnel. J’espère tenir la poule aux œufs d’or.»