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Témoignage 03/03/2017

Jamila Zahouan, femme « de réseaux » : relier les gens entre eux

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Jamila Zahouan

  - 26 ans

future installatrice de réseaux câblés de communication

« Les métiers n’ont pas de sexe, ils appartiennent à celles ou à ceux qui savent les faire »

En bref

A 26 ans, Jamila Zahouan a décidé de suivre sa vocation de jeunesse contrariée : exercer un métier technique.

Quand Jamila Zahouan arrive en France, elle n’a que 14 ans et ne parle pas un mot de français. Sa mère, restée au Maroc, a décidé d’envoyer ses enfants rejoindre leur père au « pays des Droits de l’Homme » -comme elle dit- pour multiplier leurs chances de réussite. Douze ans plus tard, maman à son tour de deux petites filles, elle entre en formation à l’Afpa de Saint-Jean-de-Védas pour devenir installatrice de réseaux câblés de communication.
 

Les métiers appartiennent à celles ou ceux qui savent les faire

« J’ai toujours aimé bricoler », déclare Jamila, « J’adore tout ce qui est technique : démonter, réparer, réassembler, je le fais depuis toujours ».  Derrière sa vocation, il y a le soutien sans faille de sa mère : « Grâce à elle, je ne sais pas ce que c’est, un métier masculin ». C’est sa mère d’ailleurs qui repère son goût pour la technique et l’encourage dans cette voie : « Les métiers n’ont pas de sexe, ils appartiennent à celles ou à ceux qui savent les faire », lui répète-t-elle souvent.

C‘est donc tout naturellement que Jamila s’oriente, après la troisième, vers un BEP électronique, puis un Bac pro. Seule fille parmi 22 élèves, elle finit par craquer : des soucis familiaux, l’incompréhension de certains de ses professeurs, l’hostilité des garçons de sa classe la font douter, puis abandonner.

Jamila se marie, a deux petites filles et travaille comme secrétaire dans une association. Mais l’intérêt pour la technique perdure. Elle propose en parallèle de réparer des appareils électriques ou électroniques, affronte le regard parfois incrédule de certains de ses clients et c’est le déclic : son avenir professionnel passe obligatoirement par la filière technique. « J’ai 26 ans, j’ai muri et je suis capable aujourd’hui de défendre mes choix ».
 

Il faut oser dépasser les stéréotypes 

Après quelque recherches, c’est le métier d’installatrice de réseaux câblés de communications qui l’attire : « J’ai vérifié avant de me lancer, j’ai trouvé ce métier riche en contenu, avec des débouchés et des possibilités d’évolution importants ». Elle contacte le CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles) qui la soutient dans sa démarche. Jamila choisit l’Afpa pour se former, « réputée sur le créneau ». Elle est tout de suite à l’aise en formation où elle est à nouveau la seule femme : « L’ambiance est très différente de celle du lycée ; on y côtoie des adultes de tous âges et de tous horizons, uniquement motivés par l’apprentissage du métier. Ici, tout le monde respecte mes choix ». Ce qu’elle apprécie particulièrement, c’est l’installation en binôme dans les cabines : « Chacun travaille seul, à son rythme, mais quand il y a doute, on s’entraide ».

Très volontaire, Jamila est catégorique quand on lui demande s’il n’est pas difficile de concilier vie familiale et apprentissage d’un métier : « Tout est question d’organisation ! ». Pour se donner les meilleures chances de réussite, elle a tout planifié avant son entrée en formation, depuis la garde de ses enfants si nécessaire, jusqu’au démarchage d’entreprises dans lesquelles elle souhaite effectuer ses stages en entreprise. Elle l’affirme haut et fort : « Les enfants ne sont pas un handicap ! Au contraire, dans son cas, « c’est d’être mère qui l’a motivée à oser le métier dont elle rêvait. »
 

L’avenir est aux femmes « branchées »

Stéphane Martin, son formateur, regrette que les femmes soient encore très peu nombreuses à tenter ce métier porteur. Pourtant, lorsqu’elles se lancent, « ce sont souvent des pointures ». Ainsi Jamila, en formation depuis un mois, figure « parmi les meilleures en raccordements ». Stéphane a par ailleurs participé en 2016 à une action conduite par l’Afpa pour Orange visant à former exclusivement des femmes au raccordement de boxes à domicile. Un succès, la plupart d’entre elles travaillent aujourd’hui chez Orange, preuve s’il en était besoin, que les femmes ont bien leur place dans ce métier.

Le secteur des télécoms est en pleine expansion, « En France, l’installation de la fibre optique s’étalera jusqu’en 2022, ensuite, il y aura le passage à la 5G, la demande n’est pas prête de diminuer… ». Les offres d’emploi explosent. Les opportunités sont multiples et diverses, depuis la construction, la pose de câbles aériens, souterrains, le raccordement à domicile… jusqu’au SAV en ligne. « L’ascenseur social  fonctionne à plein, pour les femmes comme pour les hommes », ajoute Stéphane, qui indique par ailleurs que les professionnels doivent se perfectionner en permanence pour s’adapter aux évolutions des technologies.

Jamila envisage plutôt de travailler en extérieur dans un  premier temps. Le côté physique ne lui fait pas peur. « Lorsque c’est très lourd ou pour des raisons de sécurité, comme en pose aérienne par exemple, l’installateur travaille en binôme», confirme Stéphane. « Pour évoluer, il vaut mieux avoir vu toutes les facettes du métier », estime Jamila, qui ne compte pas en rester là : elle envisage à terme de devenir technicienne, d’encadrer des équipes, et pourquoi pas de travailler à son compte ?

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