Entretien avec Delphine Zenou, Directrice régionale aux droits des femmes : « La mixité des métiers profite à tous »
« En France, nous avons toujours une importante inégalité de salaire entre femmes et hommes. Elle s’élève à 27% d’écart de salaire au niveau national, et 26% au niveau régional. Comment l’expliquer ? Essentiellement par le temps de travail et par la concentration des femmes dans quelques secteurs professionnels moins valorisés, avec un salaire moins avantageux ». A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Delphine Zenou, Directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité femmes-hommes de la région Bourgogne Franche-Comté à la Préfecture de la Région, s’exprime sur les conséquences de la ségrégation professionnelle, ses causes et les actions mises en œuvre pour favoriser la mixité.
Le temps de travail n’explique pas tout
« 80% des personnes travaillant à temps partiel sont aujourd’hui des femmes. Elles sont donc particulièrement impactées par un temps de travail réduit, mais le nombre d’heures travaillées n’explique pas à lui seul cet écart de salaire important. Nous constatons que les femmes et les hommes ne se répartissent pas de la même manière dans les métiers. Les femmes sont très concentrées dans quelques secteurs seulement, comme les soins à domicile, la santé, le social, l’éducation… Les hommes sont mieux répartis dans les différents métiers, mais nous observons tout de même qu’il y a une majorité dans des secteurs comme l’industrie et sur des postes d’ouvrier ou ouvrier qualifié.
Dans les secteurs où il y a une forte majorité de femmes, il y a peu de possibilités d’évolution de carrière et le salaire est souvent moins avantageux. Ceci a un effet important sur la reconnaissance des métiers très féminisés ».
Des stéréotypes difficiles à dépasser
« Il y a un inconscient individuel et collectif qui joue dans la distribution des rôles aux femmes et aux hommes. Nous retrouvons les femmes sur des métiers associés à des supposées qualités d’accompagnement, de douceur, de services… Nous sommes face à un sentiment que, finalement, les qualités attendues sont « féminines », « innées ». Par conséquent, les compétences ne sont pas valorisées comme des compétences techniques.
Ceci nous pousse vers un cercle vicieux. Quand il faut faire un choix de formation, dans le supérieur ou une formation professionnelle, on remarque que les femmes se retrouvent vite dans des filières qui relèvent du soin, de l’accompagnement... Il s’agit d’un mélange entre les représentations qu’elles ont intégrées à travers leur entourage et l’influence de la société.
Pour les hommes, c’est également difficile de se projeter sur certains métiers très féminisés, comme la garde d’enfants et le ménage chez les particuliers. Nous ne sommes pas prêts à les voir sur des secteurs non attendus.
Cependant, la grande différence entre les hommes et les femmes reste la concentration très forte de femmes sur seulement quelques métiers, moins reconnus et avec des salaires moins élevés ».
Un travail de fond pour favoriser la mixité
« Nous devons nous donner les moyens d’avoir des choix relativement ouverts. Pour cela, il faut agir sur nos représentations. Aller dans les écoles dès le plus jeune âge. Faire témoigner des femmes et des hommes qui démontrent par leur parcours que c’est possible de faire un choix différent ! Il faut aussi sensibiliser les adultes qui entourent les jeunes. Nous utilisons pour cela plusieurs canaux, comme les forums métiers, les médias de masse,la sensibilisation des professionnels de l’orientation : les enseignants, les CIO…
Nous menons en outre des travaux avec les branches professionnelles, les organismes de formation, les grandes entreprises et les organismes comme Pôle emploi pour faire en sorte que la formation tout au long de la vie favorise la mixité : nous avons un travail en cours par exemple avec le secteur des transports. Un travail de fond est en cours au plan national sur les conditions de travail dans les métiers très féminisés et sur la classification pour faire en sorte que ces filières puissent être réévaluées ».
Un effet positif sur les conditions de travail
« Favoriser la mixité des métiers n’est surtout pas ajouter des contraintes aux employeurs. On s’est aperçu que la mixité va améliorer les conditions de travail. Le « Contrat Mixité Egalité » est une aide de l’Etat destinée aux employeurs qui sont en règle avec les obligations légales en matière d’égalité professionnelle et qui développent des actions concrètes. Cela peut passer par la formation mais aussi par l’aide à l’acquisition de matériel adapté et d’aménagements des postes de travail. La mixité profite à la qualité de vie au travail, avec moins de pénibilité physique et des collectifs de travail qui en ressortent grandis !
Aujourd’hui, les entreprises de plus de 50 salariés doivent mettre en place un Plan Egalité avec les partenaires sociaux, sous peine de sanctions de la part de l’inspection du travail. Son objectif dépasse la mixité des métiers et oblige les employeurs à agir en faveur de l’égalité hommes-femmes. Cela peut se concrétiser par exemple par une charte favorisant l’articulation avec la vie personnelle et familiale, un accord avec une crèche du secteur, des plans d’actions pour corriger les inégalités salariales, ouvrir les recrutements…
Pour faciliter ce travail, et avec le soutien de l’État, FETE* propose d’accompagner les sections syndicales des entreprises et les conseiller dans ces démarches. Par ailleurs, le site IDEME, porté par l’ARACT Bourgogne-Franche-Comté autour de plusieurs partenaires économiques locaux, permet quant à lui de partager des bonnes pratiques des entreprises pour favoriser la mixité et l’égalité femmes-hommes ».
Pour aller plus loin
Découvrez le site IDEME
Découvrez les services de FETE
Guide Egalité Hommes – femmes destiné aux TPE-PME
*FETE, Femmes Egalité Emploi : Association dont l'objectif est de faire avancer l’égalité professionnelle dans toutes ses composantes, de la formation à l’emploi.