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JPO Mixité : Monique Agoutin, le parcours d'une battante

Témoignage 30/05/2016

JPO Mixité : Monique Agoutin, le parcours d'une battante

Monique Agoutin

Monique Agoutin

  - 48 ans

future électromécanicienne en maintenance industrielle

" Cette formation m’a permis de montrer que j’étais aussi capable qu’un homme "

En bref

En matière de mixité professionnelle, les stéréotypes ont souvent la vie dure. Monique Agoutin, une agenaise de 48 ans, en sait quelque chose. Aujourd’hui en formation d’électromécanicienne en maintenance industrielle à l’Afpa d’Agen-Foulayronnes, elle a dû se battre pour briser les idées reçues et intégrer « un métier d’hommes ».

En voyant Monique Agoutin, en blouse bleue, debout devant son établi, les outils à la main, l’œil pétillant de plaisir et fierté contenue, on la sent heureuse d’être là, enfin à sa place. Il faut dire que cette place-là, Monique l’a conquise de haute lutte, en partant de zéro et en faisant tomber un à un tous les obstacles qui se sont dressés devant elle. A commencer par sa famille.

Issue d’un milieu d’ouvriers havrais « très traditionnalistes », pour qui la place d’une femme ne pouvait se situer qu’à la maison, Monique arrête sa scolarité en classe de 5ème pour s’occuper de ses 5 frères. « Pour mes parents, se souvient-elle, en tant que fille, mon destin était tout tracé : je devais rester chez nous pour prendre soin des garçons jusqu’à ce que je trouve un mari ! »

Mais le mariage, à 18 ans, n’arrange pas sa situation : tout aussi conformiste que ses parents, son époux, un agent EDF de 15 ans son aîné, refuse qu’elle occupe un emploi salarié. Jusqu’en 1999, Monique doit ronger son frein, tout en élevant ses trois fils. « Lorsque mon cadet a été en âge de se débrouiller, le fait de rester chez moi, de me sentir inutile, m’a miné au point de faire une grosse dépression. Suite à cela, j’ai décidé, contre l’avis de mon mari, de me mettre à trouver un emploi. J’avais 33 ans.»

La seconde barrière se situe ici. Sans aucune qualification, expérience professionnelle ni formation, la trentenaire commence par occuper des tâches d’agent d’entretien dans différentes entreprises de la région bordelaise, où elle a déménagée entre temps, avant d’intégrer, en 2002, Les vergers de Guyenne, une coopérative agricole de fruits et légumes. « Au début, je faisais du conditionnement de pommes, précise-t-elle, mais assez vite, parce que j’aimais la mécanique et que j’apprenais vite, on m’a confié des fonctions de maintenance. Par la suite, j’ai complété mon parcours avec un permis cariste.»

Bien lui en prend, car cette dernière compétence qui va lui permettre de rebondir lorsque son entreprise, en 2006 cesse son activité. Durant plus d’un an, elle devient donc cariste dans une entreprise de carottes près de Bordeaux. « On pratiquait les 2/8 et, comme je suis bonne poire, on me demandait souvent de remplacer des collègues absents, ce qui pouvait m’amener à travailler 12 ou 13 heures par jour ! J’ai fini par démissionner. »

En 2008, après le décès de son mari, elle quitte les bords de la Gironde pour les rives de la Garonne et s’installe à Agen, « région où il y avait, paraît-il, d’avantage d’emploi ». Mais là, Monique se retrouve confrontée à un troisième écueil : aucune des entreprise de travail temporaire auxquelles elle s’adresse ni aucune des sociétés vers lesquelles on la dirige ne veut l’employer comme cariste, un métier considéré comme réservé aux hommes en raison de sa pénibilité ! De guerre lasse, elle finit par accepter des « métiers de femmes », tels que caissière de supermarché. Mais elle n’abdique pour autant.

Durant ses périodes de chômage entre deux missions temporaires, Monique harcelle Pôle Emploi afin de trouver un poste de mécanicienne de maintenance, activité pour laquelle elle a non seulement du goût et des dispositions, mais également pas mal d’expérience. On la dirige alors vers Cap projet pour définir un plan d’action et de financement puis vers l’Afpa d’Agen-Foulayronnes pour une formation d’électromécanicienne de maintenance industrielle de 5 mois.  

« Cette formation m’a permis de montrer que j’étais aussi capable qu’un homme, explique Monique. Car au début, les autres stagiaires – tous des hommes et tous plus jeunes que moi – ont été très sceptiques sur mes capacités à pouvoir suivre cette formation. Ils se demandaient tous ce que je pouvais bien faire là, parmi eux. Il a fallu que je fasse mes preuves, mais aujourd’hui, ils me traitent d’égal à égal… »

Actuellement, Monique est en stage pour six semaines au parc d’attraction Walibi d’Agen, où elle s’occupe de la maintenance des manèges qui viennent en réparation durant la saison creuse. « Le responsable qui m’a recruté était ravi d’avoir une femme dans son équipe, car il est tout à fait favorable à la parité. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde… », analyse-t-elle avec un brin d’ironie dans la voix.
 

Il faut dire que pour décrocher ce stage, Monique a dû faire preuve de pas mal de ténacité. Alors que tous ses collègues hommes en ont obtenu un à leur première demande, Monique, elle, a dû essuyer 26 refus d’entreprises avant d’en trouver une qui veuille bien l’accueillir ! « On dit que les gens ont changé de mentalité, s’emporte-t-elle, mais c’est faux ! Il faut arrêter avec le sectarisme ! »   

Le 11 mars 2016, Monique retournera à l’Afpa d’Agen pour y subir une dernière épreuve : celle de son titre professionnel. « Ce titre, c’est très important pour moi. Avec ça, les agences de travail temporaire ne pourront plus me refuser un emploi sur ce métier !... »

 

 

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